5 idées reçues sur la couture

Avec le confinement, le besoin urgent de masques artisanaux et la volonté chez certains de se lancer dans des activités manuelles pour atténuer le climat anxiogène environnant, j’ai remarqué une nette augmentation de personnes désireuses de se lancer dans l’apprentissage de la couture ces derniers temps. De mon côté, je ne me prétends absolument pas experte en la matière, mais j’ai tout du moins pas mal pratiqué ces dernières années. Avec le temps, j’ai acquis certains réflexes, certaines connaissances, et j’ai constaté qu’il y avait tout un paquet d’idées reçues que l’on pouvait avoir en débutant qui se révèlent complètement fausses… Alors, si vous souhaitez vous lancer dans l’aventure ou simplement si vous êtes curieux, cet article est pour vous ! Suivez le guide !

1- Coudre ses vêtements est économique

En commençant cette activité, j’ai naïvement pensé que je me referais entièrement ma garde-robe à moindres frais, tout en ayant des pièces uniques et originales. Si le côté unique des pièces se révèle évidemment vrai, le côté économique en revanche est un mythe ! Oui, il est possible de créer des pièces à moindres frais : en réalisant le patron soi-même (mais ce n’est pas à la portée de chacun, surtout quand on débute) ou en reprenant un vêtement du commerce que l’on découd au préalable pour récupérer les pièces comme patron (mais on perd alors l’usage du vêtement premier, et le montage des pièces sans explication peut être compliqué si on n’a pas beaucoup d’expérience) ; quant au tissu, il est possible de profiter de super réductions sur certains sites (Sacrés Coupons et Les Coupons de Saint-Pierre font régulièrement des ventes à prix cassés), ou de récupérer des vêtements et/ou des tissus dans des friperies. Mais globalement, il faut vraiment consacrer pas mal de temps à cela pour trouver LA pépite, le tissu avec le tombé correct, les motifs et les couleurs qui nous plaisent, dans la quantité de tissu souhaitée.
Pour vous donner un ordre de prix, un patron papier que l’on achète sur un site marchand peut coûter entre 10 et 17€, et un PDF oscille entre 5 et 10€. À cela s’ajoute évidemment le prix du tissu, qui varie considérablement d’une marque à l’autre et d’une matière à l’autre. En général, les cotonnades peuvent être bon marché (on en trouve régulièrement pour 8€/mètre), en revanche les belles viscoses imprimées, les proviscoses (plus respectueuses de l’environnement que la viscose) et les tencels tournent autour des 20€/mètre. Et enfin, pour les matières nobles telles que la laine bouillie, les prix peuvent carrément s’envoler au delà des 40€/mètre. Et puis évidemment, à tous ces frais s’ajoutent bien évidemment l’achat des outils (la machine, les bobines, les accessoires en tout genre, etc.) Bref, vous l’aurez compris : mieux vaut être prévenu afin d’éviter toute désillusion, coudre ça peut vite coûter cher. Surtout si on a une idée bien précise de ce que l’on souhaite en tête.

2- Coudre des accessoires est plus simple/facile que coudre des vêtements

Beaucoup de gens pensent à tord qu’il vaut mieux commencer à coudre plein d’accessoires (des trousses, des lingettes démaquillantes, des pochettes, etc.) avant de se lancer dans la confection de vêtements. Même si je comprends le raisonnement derrière (c’est peu énergivore en terme de tissu, et ce sont des projets rapides à réaliser donc il y a moins de chance décourager l’élève en cours de route), je ne suis pas tout à fait d’accord avec cette façon de faire. Les accessoires requièrent parfois de petites finitions qui demandent beaucoup de précision et un savoir-faire que peu de débutants possèdent. Coudre un passe-poil en guise de finition sur un coussin par exemple peut s’avérer bien plus difficile que de monter une manche ou froncer le jupon d’une robe ! Et faire coudre un accessoire trop difficile à un débutant provoquera l’effet inverse de celui recherché : l’élève se dira que s’il ne parvient pas à coudre « un bête » accessoire, il ne réussira jamais à coudre le moindre vêtement. Rien n’est plus faux ! Après des années de pratique, je galère encore parfois sur certaines finitions d’accessoires et pourtant j’ai déjà réalisé pas mal de vêtements les doigts dans le nez ! Tout est une question de choix de projet. Quand vous en choisissez un, avant d’acheter le patron, vérifiez qu’il ne comporte pas d’étapes trop difficiles pour votre niveau et n’hésitez pas à demander conseil autour de vous. Si vous manquez d’inspiration, n’hésitez pas à faire un petit tour sur l’article que je vous ai rédigé il y a quelques mois à propos des meilleurs patrons de vêtement pour débuter la couture. Vous verrez, même en n’ayant pas cousu grand chose auparavant, il est tout à fait possible de réaliser ces pièces !

3- Décalquer le patron et faire une toile est une perte de temps

Je vous en avais déjà parlé lors de mon article sur le matériel indispensable pour débuter la couture, mais ça me paraissait nécessaire de vous le redire ici : il est très important de ne pas faire l’impasse sur l’étape du décalquage du patron et de la confection de la toile (= prototype) ! En ce qui concerne le décalquage du patron, pourquoi ne pas directement couper les pièces dans le patron papier ? Pour des raisons pratiques et économiques : si vous coupez directement votre patron, vous ne pourrez l’utiliser qu’une fois à une taille donnée. Par exemple, après avoir pris vos mensurations, vous pensez faire un 38, vous décidez donc de couper toutes les pièces du patron selon les mesures du 38. Cependant, après avoir cousu le vêtement, vous vous rendez compte que le 40 aurait été plus adéquat : plus moyen de revenir en arrière, le papier est coupé et vous devrez soit recalculer les pièces pour qu’elles conviennent à un 40, soit racheter un nouveau patron. Autre exemple, vous vous êtes cousu une sublime petite robe d’été et votre meilleure amie a flashé dessus. Vous décidez donc d’en coudre une pour elle aussi. Malheureusement, elle fait du 40 et vous faites du 38. Vous vous retrouverez dans la même impasse que pour la situation précédente, et vous serez quitte pour recalculer toutes les mesures ou bien pour racheter un nouveau patron. Conclusion : même si cela va vous prendre un peu plus de temps, je recommande vivement de passer par l’étape préalable du décalquage.
Et là, vous vous dites : « Ok, je veux bien décalquer mes pièces mais si je prends correctement mes mensurations et que je choisis ma taille en prenant soin de respecter le tableau des tailles du patron, pourquoi je perdrais encore plus de temps en créant une toile avant de me lancer dans mon tissu définitif ? ». Tout simplement, parce que les marques peuvent parfois se tromper. Comme je vous le disais dans l’exemple ci-dessus, même en respectant le tableau des tailles, il peut arriver que le vêtement cousu ne convienne pas à votre morphologie (c’est relativement rare, je vous rassure, mais ça peut toutefois arriver). Ou bien, il peut arriver qu’en fonction du type de tissu que vous ayez choisi, la taille ne corresponde plus. Alors, si vraiment votre tissu définitif n’a pas beaucoup de valeur et que vous vous fichez de le bousiller, très bien, faites l’impasse, mais sinon, faites une toile. 

Petite info en +
Pour que la toile soit le plus proche possible de votre réalisation définitive, et conserve le tombé voulu, veillez à choisir un tissu similaire avec la même densité et le même poids que le tissu final.

4- Le choix du tissu n’est pas primordial

Cette petite info nous amène sans transition à notre avant-dernier point : le choix du tissu ! Ça peut paraître naïf comme réflexion, mais c’est pourtant indispensable. Et en parcourant Instagram, je constate que c’est une erreur extrêmement fréquente. Souvent, quand vous achetez un patron, il est indiqué le(s) choix de tissus recommandés. Et il y a une bonne raison à cela : coudre un vêtement qui requiert beaucoup de fluidité dans un coton très rigide modifiera (et gâchera dans la majorité des cas) l’aspect du vêtement fini. C’est tellement dommage de passer autant de temps sur une réalisation pour qu’elle ne donne finalement absolument pas le rendu imaginé… Alors si vous débutez, même si c’est évidemment super chouette de détourner des patrons et de faire des expériences, attendez d’appréhender les différents types de tissus, de comprendre comment réagit tel ou tel tissu avant de faire des choix très (trop?) audacieux. 

Petite info en +
Chaque type de tissu possède aussi son propre niveau de difficulté en terme de réalisation. Si vous débutez, optez pour des réalisations qui conviennent à la baptiste de coton ou à la popeline de coton, car ce sont des tissus faciles à travailler. Le lin aussi se coud assez facilement. Les matières plus fluides comme la viscose sont en revanche un peu plus difficiles à travailler (mais pas insurmontables non plus, à coeur vaillant, rien d’impossible ;))

5- Respecter le droit-fil n’est pas indispensable

Encore un point sur lequel beaucoup ont tendance à faire l’impasse afin d’économiser du tissu, alors que c’est vraiment important de le suivre pour obtenir un tombé idéal. Quand on observe un tissu de près, et qu’on fait attention à la façon dont il est tissé, on constate qu’il y a deux types de fil : des fils verticaux et d’autres horizontaux. Ces fils s’entrecroisent l’un sur l’autre en conservant toujours un angle de 90 degrés. Et quand on observe un coupon de tissu dans son ensemble, on constate qu’il y a deux bords, deux extrémités du tissu qui sont plus nets que les deux autres. Sur ces bords bien nets, le tissu ne s’effiloche pas ou très peu. Parfois, le nom de la marque du tissu y est indiqué le long, parfois, il y a une série de mini trous qui parsèment ces bords. Ces deux bords qui sont facilement dissociables des deux autres s’appellent les lisières. Si on reprend les deux types de fils dont on parlait juste avant, on voit que certains d’entre eux sont parallèles à la lisière et que les autres sont perpendiculaires à celle-ci. Les fils parallèles correspondent à la chaîne du tissu (ou fil de chaîne), et les fils perpendiculaires à la trame (ou fil de trame).
Le droit-fil, dont on parle dans tout bon patron de couture qui se respecte, est toujours parallèle à la lisière, il correspond donc au fil de chaîne. En examinant l’un de vos patrons, vous verrez sur chacune des pièces une flèche plus ou moins grande qui correspond au droit-fil. Il s’agit donc de placer les pièces du patron sur le tissu de manière à ce que la flèche soit toujours dans le sens du droit-fil, c’est-à-dire parallèle à la lisière. Évidemment, cela implique que l’on ne peut pas placer les pièces dans n’importe quel sens sur son tissu, et qu’on va régulièrement avoir des chutes. C’est la raison pour laquelle quand on a peu de tissu pour réaliser un projet, on a parfois envie de faire quelques infidélités au droit-fil afin de pouvoir caser toutes ses pièces, mais c’est un jeu qu’il faut manier avec prudence.
Il faut savoir que quand un tissu est fabriqué, les fils de chaînes (donc ceux dans le sens du droit-fil) sont beaucoup plus serrés/tirés que les fils de trame. Ce qui, au final, donne une certaine élasticité aux fils de trame et une certaine rigidité au fil de chaîne. Si vous ne respectez pas le sens du droit-fil, il est possible que le tissu ne supporte pas les torsions et les mouvements de votre corps et qu’il se déchire progressivement. Parfois, le vêtement peut également se déformer ou « refuser » de se mettre correctement (par exemple, quand une manche de t-shirt ou une jambe de pantalon a systématiquement tendance à tourner et que la couture ne reste jamais là où elle doit). Ce serait vraiment dommage de passer autant de temps à réaliser un vêtement pour qu’il ne tombe finalement pas bien sur vous ou pire qu’il se déchire ! 

J’espère que cet article aura pu dissiper certaines idées reçues que vous aviez concernant la couture. Et si vous avez encore la moindre question, ou un commentaire à faire, n’hésitez pas à l’indiquer juste en-dessous, je me ferai un plaisir de vous répondre !

Couturièrement vôtre,

Charlie