Entre les pages des Ponctuelles

Depuis la publication des premières vidéos « Entre les pages », nos chères lectrices ponctuelles n’ont eu de cesse de nous demander quelles seraient nos réponses à ces questions. Pour célébrer l’arrivée de l’été et renflouer votre pile à lire, nous nous sommes prêtées à l’exercice. Et ce n’est pas si simple !

Quelle lectrice es-tu ?

Coco : Je suis une lectrice fidèle et passionnée. Je ne lis qu’un roman à la fois car j’ai besoin d’être totalement immergée dans le style et l’univers de l’auteur. Lorsqu’un livre m’a particulièrement plu, j’ai énormément de mal à quitter les personnages et à poursuivre avec une nouvelle lecture. Généralement, j’ai besoin de laisser décanter le tout quelques jours (voire même semaines parfois) avant de commencer un autre ouvrage. Au risque, sinon, de ne pas apprécier ma lecture suivante, quelle qu’elle soit. 

Je suis également atteinte de Tsudonku : je ne peux m’empêcher d’acheter des bouquins “pour plus tard” afin de ne pas les oublier. Je les accumule d’année en année, persuadée de parvenir à tous les lire un jour. J’ai d’ailleurs une bibliothèque uniquement consacrée aux livres qui attendent patiemment leur tour…

Charlie : Quant à moi, je suis une lectrice inconstante. Je peux parfois passer des semaines, parfois même des mois sans terminer un livre. Et puis soudainement, je peux m’enfiler une bonne pile d’ouvrages. Surtout pendant les vacances, lorsque j’ai plus de temps. Comme pour beaucoup de gens j’imagine, tout est question de disponibilité tant au niveau de mon emploi du temps que de ma disponibilité mentale. Si je suis préoccupée par quelque chose, je vais avoir du mal à reporter mon attention sur un livre, alors que c’est probablement à ce moment que mon esprit en aurait le plus besoin…

Quel livre t’a fait aimer la lecture ?

Charlie : Alors si on parle de véritable roman, c’est sans grande surprise que la saga Harry Potter ressort évidemment du lot. J’ai tout dévoré, je me souviens même être allée chercher les livres à minuit à la librairie le soir de la sortie. J’ai aussi dévoré quelques Agatha Christie étant petite. Je me souviens notamment des Dix Petits Nègres qui m’a tenu en haleine pendant quelques jours, m’empêchant même de dormir les nuits qui ont suivi !

Coco : D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu un livre en main. 
Je ne sais plus quel était le premier, mais je vouais en tout cas une passion pour Elmer de David McKee ainsi que De la petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête de Werner Holzwarth et Wolf Erlbruch.
Mais c’est avec la saga Harry Potter de J.K. Rowlings que j’ai également ressenti, pour la première fois, le plaisir boulimique de la lecture. L’envie irrépressible de connaître la suite, même s’il me fallait parfois lire sous la couette, à la lueur de la lampe de poche miniature que j’avais cachée dans ma table de chevet… J’ai ensuite eu, vers 12 ans, un gros coup de cœur pour Soldat Peaceful de Michaël Morpurgo. Bref : la boulimique de lecture était lancée !

Quel livre t’a permis de développer ta créativité ?

Coco : Je lis depuis ma plus tendre enfance et ce médium m’a toujours passionnée, que ce soit par le fond ou par la forme. C’est très clairement grâce aux livres, de tous genres, que j’ai développé mon imagination et ma créativité.

Je pense tout particulièrement à un livre que m’avait offert ma professeure de dessin quand j’avais environ 12 ans : Fées et personnages légendaires de Linda Ravenscroft. C’est un ouvrage de dessin très poétique, qui explique les différentes techniques pour dessiner des personnages fantastiques.
L’une des illustrations m’avait tellement marquée que, quelque temps plus tard, je m’étais mise à écrire une nouvelle, imaginant une histoire à cette petite fée énigmatique.

Charlie : Question un peu difficile car il est rare que je puise vraiment une certaine créativité dans les livres. Dans un certain sens, on pourrait dire tous mes ouvrages à vocation pédagogique, car j’estime que c’est en apprenant une discipline qu’on peut ensuite dépasser ce que l’on a appris en explorant de nouveaux horizons, mais la phase première de formation est selon moi indispensable. Du coup, je possède quelques livres sur des sujets qui m’intéressent, notamment la couture, le modélisme, le lettering ou encore le dessin. 

Quel livre n’as-tu pas pu terminer ?

Charlie : Malheureusement il y en a beaucoup. Mais disons que sur ces dernières années, il y en a un qui revient fréquemment, c’est Virginia Woolf, et plus précisément son ouvrage Les Vagues. Je pense que j’ai bien essayé trois ou quatre fois de rentrer dedans, et définitivement ce n’est pas un livre pour moi. Pourtant, je connais beaucoup de gens autour de moi qui l’ont beaucoup apprécié et j’avais donc très envie de l’apprécier aussi, mais je pense que l’univers est trop onirique pour moi. On passe sans cesse d’une métaphore à l’autre, et le tout manque de tangibilité pour que je puisse accrocher. En revanche, j’ai lu des correspondances de l’autrice ainsi que son célèbre Une chambre à soi et j’ai trouvé cela excellent. Peut-être devrais-je tenter un autre roman pour me faire une idée définitive…


Coco : De mon côté, il y en a quelques-uns aussi, bien que j’aie un mal fou à abandonner une lecture ! Je le prends souvent comme un échec personnel, d’autant plus quand il s’agit d’un livre largement apprécié autour de moi. C’est le cas notamment de L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante. J’ai essayé à plusieurs reprises mais je ne suis jamais parvenue à entrer dans cette histoire qui, pourtant, avait tout pour me plaire.

Quel est le livre qui te fait le plus voyager ?


Coco : Je suis une grande amatrice des ouvrages des éditions Gallmeister : choisir un de leurs romans, c’est s’offrir un voyage dans la nature américaine. 

Mon préféré ? Mon désir le plus ardent de Pete Fromm. Il y dépeint le courage et la détermination d’un jeune couple dont l’amour ne pourra être altéré, ni par l’attente destructrice de la maternité ni par la maladie qui s’immisce en silence. Un amour ardent, né en pleine nature et sculpté par les courants de la rivière.


Charlie : Il y en a quelques uns, mais si je devais citer parmi les derniers, je dirais Les Dames de Kimoto de Sawako Ariyoshi, pour la splendide fresque du Japon étalée sur plusieurs décennies. Moi qui ne suis jamais allée là-bas, ça m’a beaucoup donné envie de découvrir ce pays, cette flore et ces coutumes. 

Quel livre aurais-tu souhaité écrire ?

Charlie : Probablement L’écume des Jours de Boris Vian. Je suis super fan des univers burlesques et absurdes. Je trouve que c’est un art bien compliqué que de parvenir à traiter une histoire à travers ce prisme. Il faut trouver le bon dosage pour que l’absurde soit bien présent et fasse sourire tout en construisant une histoire à laquelle on croit et on s’accroche. Et puis il y a énormément de poésie, de métaphores, de jeux de mots dans cet ouvrage. C’est une pépite.

Coco : Il y en a tellement ! Mais pour n’en citer que quelques-uns (impossible de choisir), je dirais Le parfum de Patrick Süskind, L’élégance du hérisson de Muriel Barbery et La couleur des sentiments de Kathryn Stockett. Ce sont des ouvrages qui m’ont totalement bouleversée tant par leur sujet que par la plume de leur auteur.

Chez Süskind, ce sont évidemment les descriptions d’odeurs et la lecture olfactive qui en découle. C’est tellement brillant.
Chez Muriel Barbery, c’est sa plume qui m’a marquée mais aussi l’idée du récit choral pour raconter la vie d’une concierge d’immeuble qui m’a profondément séduite.
Enfin, chez Kathryn Stockett, c’est la profondeur des personnages et la portée du récit qui m’ont marquée. Trois romans incroyables, que je n’ai de cesse de recommander !

Dans quel livre aurais-tu aimé vivre ?

Charlie : Il y aurait tellement de réponses possibles ! Évidemment, la plus facile d’entre elles, c’est Harry Potter. Petite, j’ai longtemps espéré recevoir ma précieuse lettre d’acceptation à Poudlard… Tout cet univers m’a longtemps (et me fait d’ailleurs toujours) beaucoup rêver : le château, les cours passionnants, les différentes maisons. Tout est évidemment fait pour que les enfants rêvent d’y vivre aussi ! Bon et puis sinon, par rapport à un roman que j’ai lu dernièrement je dirais Et pourquoi pas la vie de Coline Pierré dont on vous parlait dans la newsletter précédente. L’autrice reprend le destin de la poétesse Sylvia Plath et lui donne une toute autre trajectoire, un destin où elle n’aurait pas mis fin à ses jours, se serait totalement émancipée de son mari et aurait mené sa carrière comme elle l’entend. L’univers de l’ouvrage est à la fois joyeux, ultra motivant, et contient un soupçon d’absurde aussi. Bref, tout ce que j’aime. Et enfin, s’il y avait besoin d’une raison supplémentaire, le récit se déroule à Londres dans les années 60, durant l’avènement des Beatles, ce dernier élément à lui seul pourrait être un argument suffisant !

Coco : Je me suis réfrénée pour ne pas sortir cette réponse à toutes les questions mais cette fois, je ne peux m’en empêcher : Harry Potter, sans l’ombre d’un doute ! Lorsqu’à 7 ans j’ai découvert le premier tome, j’ai, moi aussi, rêvé de Poudlard des nuits durant. Et j’ai longtemps espéré recevoir ma lettre, je dois bien l’avouer. L’univers est tellement riche et abouti qu’on s’y téléporte sans mal, par le seul biais de l’imagination. Et il fait également partie des livres que j’aurais aimé écrire, cela va sans dire !

Quel est le dernier livre qui t’a chamboulée ?

Coco : Pour moi, c’est Ne m’oublie pas d’Alix Garin !
C’est un roman graphique absolument magnifique, qui traite des ravages de la maladie d’Alzheimer mais aussi, et surtout, de la relation que nous tissons avec nos parents et grands-parents. L’autrice amène le sujet avec poésie, proposant un road trip intergénérationnel vers l’acceptation, la résilience et la fin de vie. Cet ouvrage rend également hommage, avec énormément de bienveillance, au corps vieillissant de la femme et fait évidemment écho à deux lectures du Club des Lectrices Ponctuelles qui m’ont, elles aussi, bouleversées : Une femme d’Annie Ernaux et Une mort si douce de Simone de Beauvoir.



Charlie : À nouveau, il y aurait pas mal d’ouvrages à citer, mais je dirais ‘Beloved’ de Toni Morrison. L’histoire se déroule aux États-Unis après la guerre de Sécession. L’héroïne, une ancienne esclave noire, tente de reconstruire sa vie alors qu’elle est hantée par le fantôme de son bébé mort depuis plusieurs années. L’histoire est très noire, très dure, très forte, mais demeure un indispensable à lire un jour.

Quel livre a remis en question tes convictions ?

Charlie : Coco et moi sommes unanimes à ce sujet. Grâce au Club des Lectrices Ponctuelles, plusieurs ouvrages nous ont récemment offert de nouveaux points de vue sur divers sujets. C’est le cas notamment de l’ouvrage de Titiou Lecoq : Les Grandes Oubliées : pourquoi l’Histoire a effacé les femmes. Je pensais connaître relativement le sujet en le commençant et pourtant, bien des chapitres m’ont fait tomber des nues. J’ai également revu et nuancé ma vision progressiste de l’Histoire. Cet ouvrage est définitivement un must à offrir à tout son entourage !

Coco : Exactement ! Cet essai m’a faite passer par toutes les couleurs, allant du rire à la révolte extrême en passant par la désillusion la plus totale. C’est un ouvrage très accessible, empreint d’humour, qui fait le point sur la place de la femme à travers l’Histoire. De la Préhistoire à nos jours, Titiou Lecoq éveille les consciences de sorte qu’on prend rapidement conscience du prisme patriarcal par lequel nous apprenons l’Histoire. Comme le dit Charlie, c’est vraiment à mettre entre toutes les mains !

On espère que cette plongée dans nos bibliothèques respectives vous aura plu ! En tout cas, désormais, on comprend mieux le challenge imposé aux autrices et aux créatrices qui se sont déjà prêtées à l’exercice !

Livresquement vôtre,

Coco & Charlie