
En Belgique, c’est encore l’été. Il n’y a qu’à regarder par votre fenêtre pour vous en convaincre. Du soleil à gogo, de rares petits nuages de barbe à papa et un air doux comme de la soie. Perplexes ? Comme je vous comprends…
Voilà de nombreux week-ends que je suis enfermée, le plaid remonté sous le nez.
Les collègues du bureau, eux aussi vous rappellent tous les matins à quel point il fait moche. Mais rassurez-vous, « ça va mieux que le temps. »
Bref, une énième tirade sur la grisaille n’est, semble t-il, pas nécessaire. Il fait moche : vous le savez comme je le sais, et ce n’est pas prêt de s’arranger.
Alors, pour ne pas me transformer en vieille grincheuse (ah, c’est déjà trop tard ?), j’ai rentabilisé mes enfermements forcés. Et je me suis offert une virée au soleil, profitant des embruns à même mon canapé. Impossible ? Pas avec ces cinq BD !
Les reflets changeants – Aude Mermilliod
Le Lombard
Véritable pépite de la rentrée, Les reflets changeants est le fruit de la talentueuse dessinatrice toulousaine Aude Mermilliod, notamment publiée aux éditions Pow Pow.
Premier prix Raymond Leblanc en 2015, le synopsis a pour ambition de nous conter, sur fond d’été, le pouvoir et surtout la beauté de la destinée. Cette destinée pour qui les couches sociales, les âges et les origines n’existent pas vraiment. Ce bien nommé coup du sort, qui nous rappelle souvent la briéveté de la vie ou plus largement l’emprise que nous n’aurons jamais vraiment sur nos vies respectives.
Trois existences sont ici présentées au lecteur intrusif. Bulles de savon, aussi légères qu’imprevisibles, aussi fascinantes qu’éphémères : trois vies. Trois générations.
Trois personnages, touchants de vérité, qui voient leurs destins respectifs se lier, au hasard d’un carnet oublié sur le quai d’une gare ou encore d’un imprévisible accident ferrorivaire.
Les Beaux Étés – Jordi Lafebre et Zidrou
Dargaud
Les Beaux Étés, c’est l’histoire d’une famille : les Faldérault.
Chaque année, c’est la même rengaine. Après avoir enfin remis ses dernières planches (presque) en retard, Pierre, le père, peut enfin partir en vacances avec l’ensemble de sa marmaille. En Norvège ? Non ! En Laponie ? Non plus ! Mais où donc ? Dans le sud, bien sûr ! Mais cette année, sale nouvelle : Gros-papy et Yvette-la-parfaite sont aussi du voyage…
Avec ce troisième tome, Jordi Lafebre et Zidrou maitrisent toujours cet incroyable pouvoir : celui de raconter le bonheur. Le doux, le vrai. Celui de la famille, et de ses innombrables frasques.
Tome après tome, on retrouve des couleurs aussi douces que mélancoliques et des personnages pleins de bonhomie. Mais aussi, et surtout, une famille belge attachante, qui respire l’amour et la joie d’être, malgré tout, ensemble.
D’année en année, c’est le même plaisir. Celui de se souvenir, à travers le talent graphique de Jordi Lafebre, de ses propres vacances d’enfance. De ces interminables voyages en voiture, de ces pique-niques au bord de la route, de ces plongeons depuis la falaise, de ce rideau de pluie à la frontière.
Les Beaux Étés, c’est une véritable BD feel good qui ponctue systématiquement mes vacances et dont on a toujours qu’une seule hâte : se délecter de la suivante.
La marche du crabe – Arthur de Pins
Soleil
Depuis 400 millions d’années, toutes les espèces évoluent dans la joie et l’allégresse, développant un tas de nouvelles capacités pour finalement mieux se faire manger.
Dans l’estuaire de la Gironde, tout suit son cours. Les touristes affluent inlassablement dans la station balnéaire dès la haute saison, et l’évolution va toujours bon train.
Mais une espèce de crabes, fidèle à elle-même, marche depuis toujours dans la même direction, posant le problème de sa reproduction et, à terme, de sa survie.
Dernière espèce de crabes non évolués, le Cancer Simplicimus Vulgaris intrigue en effet les scientifiques. Car après avoir marché droit sans discontinuer durant des milliers d’années, l’un d’eux a tourné. Et si ce changement insignifiant renversait complètement la hiérarchie insoupçonnée des crustacés ? Et si, finalement, le mouvement des crabes était en marche ?
Le culte des révolutions, la dérive dictatoriale, la récupération médiatique, l’importance du buzz et du profit sont autant de sujets sociétaux ici abordés en filigranes, par l’intelligence caractéristique d’Arthur Pins.
Jamais condescendante, La Marche du crabe est avant tout une fable graphique incroyable et, au sujet aussi drôle qu’original. Un fabuleux moment !
Cet été-là ! – Mariko Tamaki et Jillian Tamaki
Rue de Sèvres
Depuis leur plus tendre enfance, Rose et Windy passent leurs vacances ensemble dans des cottages de location voisins, se retrouvant ainsi chaque été au bord du lac Awago.
Un été tranquille, durant lequel leurs journées sont ponctuées par les baignades les barbecues familiaux, les films d’horreur loués en cachette et les passages au vidéo club.
Mais cet été-là, les deux amies sont âgées de 11 et 13 ans : une différence d’âge ténue mais pourtant assez grande pour désormais marquer le gouffre de leurs différences et accentuer d’autant plus les changements de l’adolescence.
Une belle histoire d’amitié, traitée avec raison et philosophie, dans ce roman graphique excellemment exécuté.
Et vous, quelle est votre lecture qui fait revenir l’été ? Votre véritable coup de cœur découvert entre deux plongeons dans la piscine ? Dites-moi tout !
Lecturesurlesablement vôtre,
Coco

